Jean-Baptiste CHALEYE
L’œuvre picturale de Jean-Baptiste Chaleyé (dit Joannès Chaleyé) est empreinte de la triple influence de sa personnalité, de la nature académique très rigoureuse de ses études, et de la période qui l’a vu œuvrer.
L’empreinte des grands modèles classiques en anatomie, dessin, perspective, peinture, sculpture, et architecture, d’une part ; Les connaissances encyclopédiques dans les différents domaines de l’histoire de l’art ensuite ; Les connaissances fondamentales techniques de la physique et de la chimie des couleurs enfin, font des élèves de L’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts, comme de l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs, qui toutes deux marquèrent Chaleyé, des sujets pétris d’un classicisme rigoureux.
L’époque qui court de la fin du XIXème siècle aux suites de la Grande Guerre verra de très profonds et multiples bouleversements s’exercer sur les êtres, les mentalités, sur l’ensemble des conceptions sociétales, en particulier dans le domaine des arts, plus spécialement littéraire, graphique et pictural.
C’est donc avec scrupules que les personnalités d’artiste de l’époque cherchèrent à concilier deux déterminismes apparemment antagonistes : Classicisme et bouleversements.
L’œuvre picturale et graphique de J.B. Chaleyé témoigne de l’évolution, dans cette conjoncture environnementale et au cours de ses différentes périodes biographiques, de l’expression d’un stoïcisme natif coloré d’un lyrisme inconditionnel.
L’époque des études, (1898-1903) à Lyon (médaille d’or, grand lauréat bénéficiaire d’une bourse d’études) puis Paris, montrera des œuvres académiques représentées par les études documentaires végétales, fleurs principalement, de figures académiques, ou de projets graphiques pour différentes illustrations, ou pour des décorations intérieures., demeures privées ou établissements publics. En 1899, élève de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs, il prend tout de suite une place éminente auprès de Louvrier de Lajolais (directeur de 1877 à 1908) qui fait de lui son massier, il passe d’emblée les épreuves du professorat avant d’entrer en 1900 à l’Ecole Nationale supérieure des Beaux-Arts, dans l’atelier Cormon. L’élève montrera d’emblée une jeune et puissante capacité d’interprétation, particulièrement dans ses études, croquis préparatoires, pochades et tableaux, souvent réalisés sous l’inspiration des charmes du Jardin du Luxembourg. La Closerie des Lilas l’accueille dans son cénacle, et le tient pour un des siens ; il y rencontre Derain, Marie Cassatt Dunoyer de Segonzac, Loy Prat et Maurice Busset, futur auteur du très savant traité de « la technique moderne du tableau ». Il fréquente l’Académie Julian, l’Académie Cola Rossi, l’Académie de la Grande Chaumière.
L’époque du retour « en province » et des prises de responsabilité professorale, (1903-1912) verra s’épanouir la représentation de scènes familiales, champêtres et bucoliques des aspects les plus caractéristiques de la Haute-Loire, mais aussi des scènes plus sévères de relief volcanique, d’enneigement, ou de rivières à l’automne.
L’année 1912 fut donc pour J.B. Chaleyé celle de l’épanouissement familial, et jusque dans les années « 30 », malgré l’éclipse de la guerre, ce sont les scènes intimistes, maternités et jeux d’enfants, qui alterneront dans les carnets de croquis, toiles et panneaux, avec les paysages de la Haute-Loire, de la Provence, ou de la Normandie.
Mais la lourde fonction administrative de direction de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Industries Textiles de Roubaix, à laquelle il est appelé sur concours, laissa de 1930 à 1939 peu de temps à Chaleyé pour exercer son art, suffisamment pourtant pour pouvoir se tourner plus encore que jamais auparavant vers les bouquets floraux, qu’il représente somptueusement dans ce Nord qu’il aima tant, mais sévère pour un œil habitué aux couleurs chatoyantes des roses et des pivoines qui couvraient son jardin au Puy-en-Velay.
J.B. Chaleyé libéré de ses fonctions professionnelles retrouve en 1939 l’Albigeois et la Haute-Loire d’un œil joyeux, désormais hardi et moderne, en pleine possession de son art et maître de ses sensations: De cette époque date particulièrement le recours au pastel, et les paysages joyeux comme les somptueux bouquets révèlent le même accomplissement de soi-même, mais c’est toujours dans la même rigueur de respect du réel que Chaleyé, jusqu’au bout, en 1960, alors « qu’il s’étonnera que ses mains n’œuvrent plus », cherchera, dans le compromis de fidélité au réel et de lyrisme, suivant la formule de Paul Valéry, à « extraire du complexe de la vue la trouvaille du trait ».
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Mais on ne peut évoquer la peinture, et en particulier les fleurs de Chaleyé, sans évoquer celles dont il ornera la dentelle du Puy, pour souligner la profonde unité de l’ensemble de cette œuvre, fondée sur la rigoureuse observation de la nature :
L’année 1903 fut en effet une année historique pour l’art de la dentelle en France : Deux députés (Vigouroux du Puy-en-Velay, et Engerand du Calvados) font alors adopter la loi du même nom permettant de réimplanter et d’organiser l’apprentissage de la pratique de la dentelle à la main dans les anciens centres dentelliers en France : C’est aussi une période clé dans le renouveau des arts appliqués et en particulier dans celui de la dentelle au niveau européen.
Et c’est alors que le directeur de l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-arts à Paris, Louvrier de Lajolais, fait appel à son élève Jean-Baptiste Chaleyé, massier du Cours de Nature, pour organiser l’apprentissage artistique de la dentelle au fuseau au Puy-en-Velay, en vue de créer « des modèles excellents dont la reproduction puisse se faire industriellement »
Dès son arrivée, il révolutionne totalement l’art dentellier de la cité où ne régnaient que des figures géométriques, en y introduisant des compositions florales. « Il fit intervenir la nature vivante, il courba en lignes souples les tiges des plantes du pays, fit s’épanouir en éventail les feuilles et les fleurs de montagne, en un mot introduisit la vie et la fantaisie dans ce domaine abstrait des fils entrelacés. » (robert REY)
L’enseignement de J.B. Chaleyé dans la section Dentelle, nouvellement créée (1903) à l’Ecole de Commerce et d’Industrie de cette ville, s’organise avec différents dentelliers, et fait triompher la Haute-Loire, à l’exposition internationale de Liège, à Paris au Musée Galliera, au Pavillon de Marsan, où elle reçoit le premier prix, et au Musée des Arts Décoratifs.
Des points de dentelle nouveaux sont créés, le Prix du Sous-secrétariat d’Etat aux Beaux-arts est attribué à J.B. Chaleyé pour la dentelle intitulée « Printemps Fleuri », et il sera aussi distingué par des médailles d’or aux expositions Internationales de Turin, de Londres en 1908 (où il représente le ministre du commerce), et de Bruxelles en 191O. Un catalogue de ses œuvres est édité chez Calavas en 1910 en France (réédité en 2015), puis chez Schultz en Allemagne et Autriche-Hongrie, et présente un excellent raccourci de l’œuvre dentellière de J.B. Chaleyé rénovateur de l’art dentellier en France au début du siècle.
. Il a donc joué un rôle artistique et pédagogique prépondérant pour préserver et renouveler la tradition française de la dentelle à la main durant la première moitié du XXe siècle, au Puy-en-Velay notamment : « Dans cette révolution, car il s’agissait bien là d’une révolution d’où l’art du peintre de fleurs sortit si merveilleusement rajeuni, la part de ces homme, Vernay, Seignemartin, Manet évidemment, mais aussi au premier chef Chaleyé, fut considérable. » (Robert REY).
Après les heures sombres de la Grande Guerre, durant lesquelles Chaleyé prend une part active au conflit (batailles de la Marne), il reçoit de nouvelles récompenses (Médaille d’or de l’Exposition Internationale des Arts Décoratifs de Paris en 1925), avant d’accepter la direction de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Industries Textiles de Roubaix, qu’il assumera de 1930 à 1939, parallèlement à la fonction de conseiller technique de l’Ecole de l’Art Dentellier de Bailleul. (Médaille d’Or à l’exposition de Bruxelles de 1935).
Ayant fait valoir ses droits à la retraite en 1939, J.B. Chaleyé revient au Puy-en-Velay pour fonder en 1942 le Conservatoire Départemental de la Dentelle à la Main, qu’il dirigera jusqu’à son décès en 1960, avec le triple objectif d’éditer une méthode rationnelle et progressive d’enseignement, de former des cadres, tout en assurant le contrôle et la direction technique et pédagogique de l’enseignement dentellier en Haute-Loire.
Après une longue période d’assoupissement, le flambeau sera repris en 1974 par M. Fouriscot qui créera et dirigera le Nouveau Conservatoire National de la Dentelle, puis le Centre d’Enseignement de la Dentelle du Puy-en-Velay. Elle fera rééditer la Méthode d’Enseignement de J.B. Chaleyé, qui servira de socle au renouveau de la dentelle en Haute-Loire et en France.
L’œuvre picturale et dentellière de J.B. Chaleyé est aujourd’hui dispersée dans différents musées du monde. On pourra consulter quelques-uns des principaux documents photographiques édités en 1910 chez CALAVAS en France ou chez SCHULTZ en Autriche, ou conservés dans les archives du Conservatoire Départemental de la Dentelle à la Main, et dans le fonds Chaleyé, aux Archives Départementales de la Haute-Loire.
EXPOSITIONS
- Salon des Artistes Français 1903, Le Puy
- Salon des Artistes Français 1904, Paris
- Exposition de l’Arvernia, 1912, Clermont-Ferrand
- Galerie Bernheim, 1914, Paris
- Salon des Indépendants, 1914, Paris
- Salon de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts, 1916,
- Exposition artistique et archéologique, 1921
- Salon de la Société Lyonnaise des Beaux-Arts en 1926 : Henri FOCILLON signale avec éloge ses envois
- Galerie Montsalut à Lille, en 1934, puis Galerie Dujardin à Roubaix, avec Devambez, Montezin et Fernand Maillaud
- Galerie Dujardin, à Roubaix (avec Henri de Nolhac), 1936
- Galerie Malaval à Lyon, 1936
- Galerie LIVET, Saint-Etienne, 1936
- Salon des Indépendants, 1939 : une de ses œuvres fut retenue par la Commission des Beaux-Arts de la Ville de Paris et plusieurs musées ont acquis de ses toiles.
- Salon de la Société lyonnaise des Beaux-arts, 1947 (hors concours, membre du jury)
- Salons de la Société Lyonnaise des Beaux- Arts, 1940/1956, Clermont-Ferrand et Saint-Etienne
- Galerie ROR VOLMAR, du Ier au 15 octobre 1958, avenue Matignon, Paris
Six principales expositions de son œuvre picturale ont été organisées à titre posthume :
- Galerie Jean de RUAZ, du 04 au 19 mai 1962, avenue de Friedland, Paris
- Galerie Jean de RUAZ, 1963
- Orangerie du Sénat, Juin-Juillet 1978[15]: Rétrospective Chaleyé 1878 1960
- 1980 : Le Puy-en-Velay : Le Puy 1900
- Baptistère Saint-Jean du Puy-en-Velay, Mai - Août 1984[16]: Les jardins et les fleurs de J.-B. Chaleyé
- Galerie Verneuil Saints Pères et compagnie Foncière Seine et Rhône, Paris : Les fleurs de Jean-Baptiste Chaleyé, septembre 1991
- Conseil Départemental de la Haute-Loire, Juillet - Août 2015 :B. Chaleyé : Exposition : peintures et dentelles
BIBLIOGRAPHIE
- BERAUD (H) : l’école moderne de peinture lyonnaise, Lyon, 1912
- Gerald SHURR : 1820 1920 : Les petits maîtres de la peinture, valeur de demain. Firmin-Didot, Paris, 1972
- Robert REY et Maximilien GAUTHIER : Jean Chaleyé, 1878-1960, vol. 224, Genève, Suisse, Editions Pierre Cailler, coll. « Les cahiers d'Art - Documents », N° 224, 1966, VI -ème série. N° 2. Ecole française n° 147, 16 pages.
- BIDON (CE) : Eugène Baudin, un peintre et son temps, in ABC, sept 1983, p 43-50
- BIDON (CE) : Les coloristes lyonnais, in A.B.C. fév.1984, p.10-18
- Robert REY : Jean B. Chaleyé (1878 - 1960), Paris, Editions Errance, 1983, 58 p.
- Catalogue de la Rétrospective Chaleyé, à l’orangerie du Luxembourg au Sénat du 25 juin au 8 juillet 1979.
- F.X. AMPRIMOZ. : Le Puy 1900. Catalogue du musée Crozatier, Le Puy, 1980
- F. VIALLET : Les jardins et les fleurs de J.B. Chaleyé, : Catalogue de l’exposition au Baptistère St-Jean, Le Puy-en-Velay, 1984, 80 pages.
- Important flowers paintings by the French postimpressionists J.B. Chaleyé: Wally Findlay gallery, New-York, 09-03/01-04 /1989, catalogue 27 p. et 05-06/06-07 -1992
- Fleurs de Lyon, (1807-1917) catalogue, Musée des Beaux-Arts, 1982
- FOCILLON (H) : La peinture aux XIX -ème-XX -ème siècles Paris, Laurens, 1928
- GAUTHIER (M) : Jean Chaleyé, (1878-1960) préface de R. REY, les Cahiers d’art-documents, Genève, 1966
- J.B. Chaleyé (1878-1960) catalogue de l’exposition de l’Orangerie du Luxembourg, Paris, 1979
- J.B. Chaleyé (1878-1960) : catalogue de l’exposition galerie Verneuil-Saint Pères, Paris, 1983
- Peintres de fleurs en France du XVII -ème au XIXème siècles : Catalogue du musée du Petit Palais, Paris, 1979
- Les peintures de J.B. CHALEYE : R. SEGUY, publication des Amis du Musée Crozatier, N° 3, 1994, pp 53-65
TITRES
- Ancien élève de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon (prix d’honneur 1899, médaille d’or)
- Ancien élève de l’Ecole des Arts Décoratifs de Paris
- Ancien élève de l’Ecole des Beaux-Arts de Paris
- Directeur honoraire de l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Industries Textiles de Roubaix
- Conservateur du musée de Roubaix
- Membre du Jury du salon de la Société Lyonnaise des Beaux-arts
- Membre fondateur de la Société des Arts du Forez
- Membre du Comité central des arts appliqués à Paris
- Membre de la Demeure Historique de Paris
- Commissaire général adjoint à l’exposition départementale du Meilleur Ouvrier de France pour les industries d’art (textiles et dentelles, 1936 et 1939)
- Chargé de mission d’inspection pour la dentelle en France
- Membre du comité d’organisation du 8ème congrès international de l’enseignement du dessin à Paris
- Membre de diverses sociétés et associations
DISTINCTIONS
- 1899 Prix d’honneur de l’Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon (médaille d’or)
- 1899 Médaille d’argent, histoire de l’art
Médaille d’argent, archéologie
- 1903 1er grand prix d’esquisses des Arts Décoratifs
2ème grand prix de l’Ecole Nationale des Arts décoratifs
- 1904 Reçu major aux épreuves du professorat des lycées
- 1906 Médaillé au salon de la Société lyonnaise des Beaux-Arts
- 1921 Chargé de mission ministériel au Congrès international du Dessin
- 1921 Chargé de mission d’inspection
- 1925 Médaille d’or à l’exposition des Arts Décoratifs
- 1937 Nomination au grade d’officier de la Légion d’Honneur
CRITIQUES DE PRESSE
« Continuateur naturel de la génération qui a précédé la sienne, Chaleyé, comme Albert André ou Lebasque, ajoute son apport personnel aux conquêtes que firent, en leur temps, Manet et Boudin, Renoir et Pissarro, ce qui reste la meilleure et la plus sûre façon d’être un courageux novateur : Amoureux des fleurs, il les dispose dans des cristaux, des cuivres, des porcelaines ; il joue du contre-jour, du clair-obscur plein de mystère et de chaleur, afin d’en poétiser d’avantage l’évidente beauté, alliée à celle d’une pâte picturale précieusement sensuelle, équivalence plastique de la feuille et du pétale et de l’idée que nous nous faisons du bonheur…
Maximilien Gauthier
« …Jean Chaleyé est certainement un des peintres de l’école impressionniste qui laisse, pour ceux qui ont la chance de posséder une de ses toiles, la vie même de la nature sous ses formes les plus parfaites. Qu’on admire un paysage campagnard, où serpente l’eau claire d’une rivière, notre Jardin du Luxembourg tel qu’il le vit au début du siècle, ou les fleurs en bouquet qui l’ont fait choisir par les soyeux de Lyon pour enrichir leurs tissus, ou la dentelle métamorphosée par ses conseils auprès des dentellières du Puy où il vécut de longues années, nous voyons en Jean Chaleyé un artiste complet : Pas une exposition, pendant sa vie professorale et artistique, où il ne reçut les plus hautes récompenses… »
Louise MAYER-MONTBERTRAND
La Revue Moderne
« Lors de son époque parisienne, il avait connu les peintres de Barbizon, et notamment Diaz dont les petites assemblées de divinités parmi les corolles et sous les colliers odorants dansaient dans la fraîche obscurité des futées. Et il avait été ébloui encore par ces brassées de fleurs que Manet faisait jaillir en gerbes parfumées. Dans cette révolution, car il s’agissait bien là d’une révolution, d’où l’art du peintre de fleurs sortit si merveilleusement rajeuni la part de ces hommes : Vernay, Seignemartin, Manet évidemment, et aussi au premier chef Chaleyé, est considérable. »
Robert REY
« ...Peinture discrète et sensible, résolument en dehors des courants de la mode, un charme qui évoque le climat des Monet, Guillaumin, Morisot… »
Le Figaro, octobre 1958
« Johannes Chaleyé, qui débuta à Paris au début du siècle, a poursuivi en province, et fort discrètement, son œuvre de paysagiste. Voilà un postimpressioniste lumineux d’une sensibilité très communicative… Aucune exposition ne nous avait autant ravi dans cette galerie de l’avenus Matignon depuis celle des dessins de Valtat »
G.J. Gros
« Et toujours pour l’œil c’est une fête des nuances, les tons fins s’exaltent mutuellement, les complémentaires judicieusement disposées font chanter les vermillons et les laques, tonalités si difficiles à bien placer dans l’air, mais du maniement desquelles Chaleyé se joue en virtuose »
Maurice Busset, l’Auvergne littéraire et artistique
« C’était un de ces méconnus volontaires… Ses thèmes ? des fleurs, des paysages, des figures en plein air qui ont gardé avec une étonnante fraicheur, l’accent de la spontanéité poétique. La seconde des expositions qu’il ait jamais faites à Paris révèle un coloriste somptueux qui fait songer à Monticelli, un maître délicat et fort de la matière picturale savoureusement modulée. Chaleyé, c’est démontré, mérite une place de choix dans l’histoire de l’art contemporain »
Aux Ecoutes, 11 mai 1962
La première rétrospective Chaleyé, avenue de Friedland, montre un paysagiste subtil et délicat dont l’art fut tout de finesse et de distinction…Chaleyé fut en tous points un intimiste de la nature. »
Carrefour, 16 mai 1962
« Aujourd’hui jean de Ruaz ressuscite Chaleyé, …. Nous n’irons plus nous assoir au Luxembourg sans l’évoquer dans la paix du soir, familiers de la terrasse où il se complaisait. »
Aspect de la France, Henry Hugault, 17 mai 1962
« …Ses tableaux sont de deux catégories principales. Les uns, lyriquement conduits dans une pâte somptueuse, débordent d’une adoration fougueuse et communicative, pour la rose et la pivoine, l’œillet, l’arum et le lilas. Les autres, plus menus quant au format et qui ont souvent ma préférence, constituent d’exacts témoignages, finement nuancés, sur la vie quotidienne de l’arbre et de la rivière, sous des ciels et dans une lumière tout ensemble simple et mystérieusement véridique. Il y a aussi les plages, les jardins, les parcs et les squares, peuplés de mères et d’enfants, revêtus aujourd’hui d’étrange et fort émouvante élégance.
On pense à Corot, si humble lui aussi devant la nature, à Eugène Boudin, à Vuillard. Et pourtant c’est personnel, d’une qualité singulière, inexplicablement. »
Maximilien Gauthier
« ...Dans la ville, ce n’est pas le tumulte de la rue qui a sa préférence, mais ce havre de grâce du square, du parc, du parterre, des allées bordées de bancs verts, propices au repos, à la sérénité reconquise, au rêve libérateur. C’est ainsi que le Jardin du Luxembourg, en particulier, a pu lui inspirer, à la Belle Epoque, les plus séduisantes évocations qui aient été peintes. »
Maximilien Gauthier
« Il me plaît infiniment de rendre hommage à l’art discret et pur de Chaleyé ; par ses tableaux de fleurs aussi bien que par ses paysages, c’est souvent à Manet que Chaleyé fait penser, bien que nulle trace d’influence trop directe n’y soit discernable. Il s’agit d’une rencontre, tant sur le plan de la conception que sous celui du tempérament. La technique de Chaleyé, sans excès d’originalité, lui est savoureusement personnelle »
Robert REY, Nouvelles littéraires, 21 novembre 1963
« Le même lyrisme paisible et doux anime ses paysages, du bord de la rivière au pied de la montagne, des vastes horizons de plaine à l’intimité du jardin paradisiaque où la femme et l’enfant, en robes claires, témoignent de l’harmonie possible de nos matins, de nos après-midis, de nos soirs. Il nous réconcilierait au besoin avec la vie ; Et c’est bien là une mission toujours capable de justifier que l’on s’y voue, d’un bout à l’autre d’une existence probe… »
Maximilien Gauthier
« …Chaleyé a choisi le silence ; né en 1878, ce peintre n’a ni théorie ni doctrine, il a profité des contacts avec quelque impressionnistes, Loiseau, Pissarro même Renoir, et il s’est inspiré de la nature : Des roses dans un verre de cristal, deux tasses dorées, une statuette de bronze et c’est tout, et c’est un chef d’œuvre précieux. »
La France graphique, « Les Arts », juin 1962
« Si le travail à l’huile est vigoureux, en certains points audacieux dans la franchise de la touche, son traitement du pastel est d’une incroyable finesse. »
L’Information, 09 novembre 1963 »
« Chaleyé : sensibilité. Ces fruits, ces fleurs, ces paysages traités dans une matière grasse aux harmonies recherchées dans une lumière douce disent que la réalité sut être pour Chaleyé une inspiratrice sûre. »
Arts, novembre 1963
PUBLICATIONS
Chaleyé publia dix principaux ouvrages. Les trois premiers visaient principalement à redévelopper et perpétuer l'art de la dentelle :
- Dentelles du Puy, compositions de Joannès Chaleyé, Calavas, Librairie des Arts Décoratifs (en France) et Schultz (en Allemagne et Autriche-Hongrie), 1911
- L'enseignement professionnel dentellier en Haute-Loire : historique et réalisations récentes, Conservatoire Départemental de la Dentelle à la Main, 1945
- Méthode d'enseignement de la dentelle aux fuseaux, Conservatoire Départemental de la Dentelle à la Main, 1946
- La Dentelle à la main du Velay, sa valeur économique, ses perspectives d'avenir, Conservatoire Départemental de la Dentelle à la Main, 1948.Préface d’André Siegfried, membre de l’Académie Française.
- La Dentelle à la main du Velay, Préface d'André Siegfried de l'Académie Française, Conservatoire Départemental de la Dentelle à la Main, 1948
- La Dentelle à la main en Velay. Son évolution historique, sa situation présente, Technique, Art, Science, 1949
- Recueil d’éléments pour l’industrie dentellière, Le Puy, 1955
- Le Conservatoire Départemental de la Dentelle à la Main. Ses buts, ses moyens, son action de 1942 à 1956. 15 Planches hors texte
- Histoire chronologique de la dentelle du Puy-en-Velay, Conservatoire Départemental de la Dentelle à la Main
- L’Art dans l’industrie textile et ses réalisations. Pavillon de l’Enseignement, . Exposition 1937, Paris
EXPOSITIONS INTERNATIONALES de L’ŒUVRE DENTELLIERE
En 1904, il fait participer la section « Dentelle » à l'exposition du Musée Galliera à Paris qui présente des dentelles réalisées selon ses idées. En 1905, il crée pour le dentellier Oudin la feuille d'éventail qui est achetée par le musée de Saint-Gall en Suisse, où elle figure toujours, comme aussi des œuvres aujourd’hui dans différents musées de province et au musée des arts décoratifs à Paris. Il participe à différents concours et expositions internationales au cours desquelles il obtint plusieurs récompenses :
- Exposition internationale de Liège (1905) : Chaleyé créé une « feuille d’éventail à décor de vigne vierge » qui participe à cette exposition.
- Concours de la Dentelle de France (1907) : la section « Dentelle » dont il dirige les travaux obtient 3 distinctions : le premier prix (1000 Francs), le deuxième prix en collaboration, ainsi que pour ses travaux personnels, et le prix du Sous-Secrétaire d’État des Beaux-Arts, pour la dentelle « printemps fleuri »
- Exposition franco-britannique de Londres (1908) : médaille d’or pour un « galon de fuchsias », signé par Chaleyé.
- Exposition Universelle de Bruxelles (1910) : un grand prix fut obtenu par trois dentelles signées par Chaleyé (paysage avec effet de grisaille ; un combat de coqs, en couleurs (dans le contexte de Chanteclerc d’Edmond Rostand), et un coussin à décors de marrons à toile d’araignée). Chaleyé obtint également une médaille d'or pour sa collaboration.
- Exposition Internationale de Turin (1911) : il avait réalisé de nouveaux dessins qui lui avaient valu une médaille d’or au titre de sa collaboration.
- Exposition internationale de Lyon (1914) : il est médaillé pour sa collaboration. Participation des sections « Dentelle » et d’ « Ébénisterie», dont Chaleyé dirigea les travaux, et dessina les modèles.
- Il est nommé Chevalier de la Légion d'Honneur[8] en 1921, puis Officier, pour services exceptionnels rendus à l’Enseignement.
- En 1922, il fut chargé d'une mission d'inspection pour la France.
- Il obtint une nouvelle médaille d'or, pour l'ensemble de ses créations dentellières à l’exposition des arts décoratifs de Paris de 1925.
- Grand Prix à l'Exposition de Bruxelles en 1935
BIBLIOGRAPHIE SUR LA DENTELLE
- Répertoire numérique détaillé du fonds du Conservatoire de la Dentelle à la main, (163 W), André BROCHIER, Archives Départementales de la Haute Loire, 1986
- Maurice Testard : Joannès Chaleyé et la dentelle du Puy, L'Art Décoratif, Revue de l'Art Ancien et de la vie artistique moderne, vol. tome 29, janvier - juin 1913, p. 51-60.
- Jean Arsac et Mick Fouriscot : Cinq siècles de dentelle du Puy Imprimerie Jeanne d’Arc, Le Puy-en-Velay, 2014, 192 p. 52
- B. Chaleyé, Méthode d’enseignement de la dentelle au fuseau, Conservatoire Départemental de la Dentelle à la Main, le Puy-en-Velay, 1946
- Chaleyé, La dentelle à la main, Ed. La Haute Loire, Le Puy-en-Velay, 1948, préface de André Siegfried, de l’Académie Française
- Boudon-Lashermes, deux brochures de J. Chaleyé sur la dentelle du Puy, Terroirs, mars - avril 1949, p. 29-32.
- La dentelle de Valenciennes : Lang, Blanchong et Cie, Paris, 1936
- B. Chaleyé, Recueil d’éléments pour l’industrie dentellière, Le Puy-en-Velay, 1955
- B. Chaleyé, La dentelle à la main en Velay, son évolution historique, sa situation présente Technique, Art, Science, 1949
- Fouriscot (M) « Chaleyé, in La Dentelle, mars 1984, p. 4à8
- Journal de la dentelle et de la broderie; Librairie générale de l’architecture et des Arts Décoratifs. N° 5, mai 1907, Paris.
- Annales du musée Crozatier, n°1, 1992, le Puy-en-Velay
- La Revue Moderne, Paris
REFERENCES
- ↑ Jean-Jacques Boucher, Le dictionnaire de la soie. Découvrir son histoire de ses origines jusqu’à nos jours, Fernand Lanore, 23 février 2015 (ISBN9782851577634, lire en ligne)
- ↑ Bénézit : Dictionnaire critique et documentaire des peintres, sculpteurs, dessinateurs et graveurs de tous les temps et de tous les pays par un groupe d’écrivains spécialistes français et étrangers... - Paris : Gründ, 1966, tome 2nd
- ↑ « Chaleyé, Jean (1878-1960) », sur IdRef (consulté le 1er juillet 2017)
- ↑[http://www.culture.gouv.fr/LH/LH200/PG/FRDAFAN84_O19800035v0877178.htm « Ministère de la culture - Base Léonore »], sur culture.gouv.fr (consulté le 1er juillet 2017)
- ↑ « J. Chaleyé, directeur de l'école des Arts et Industries textiles de Roubaix nommé officier», Journal de Roubaix, 29 août 1937 (lire en ligne)
- ↑ Geneviève Trincal, "Les denteleuses": la dentelle et les dentellières en Haute-Loire de 1850 à 1914, Presses Univ Blaise Pascal, 1993 (ISBN9782877410625, lire en ligne)
- ↑ Rossella Froissart-Pezone, « Histoire de l'École nationale supérieure des arts décoratifs, 1766-1941», École nationale supérieure des arts décoratifs, 2004, p. 146 (lire en ligne)
- ↑[http://www.culture.gouv.fr/LH/LH200/PG/FRDAFAN84_O19800035v0877168.htm « Ministère de la culture - Base Léonore »], sur culture.gouv.fr (consulté le 1er juillet 2017)
- ↑ « http://www.culture.gouv.fr/public/mistral/joconde_fr », sur culture.gouv.fr (consulté le 16 juin 2017)
- ↑ « 3e partie : L’école dentellière de 1925 à 1935 », sur nordnet.fr (consulté le 1er juillet 2017)
- ↑ « Johannes Chaleyé, directeur de l'Ecole nationale des arts et industries textiles, est admis à faire valoir ses droits à la retraite - Il nommé directeur honoraire », Journal de Roubaix, 3 décembre 1938, p. 3 (lire en ligne)
- ↑ Brigitte Delesque-Déspalle, La dentelle à l'aiguille, Ed. CREER, septembre 2002 (ISBN9782909797915, lire en ligne)
- ↑ Danièle Clermontel, Jean-Claude Clermontel, Chronologie scientifique, technologique et économique de la France (lire en ligne), p. 319
- ↑ La Revue moderne des arts et de la vie, 1978 (lire en ligne)
- ↑ « Répertoire numérique de la sous-série 11 Fi », Archives départementales de la Haute-Loire, 2007 (lire en ligne)
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Jean CHALEYÉ (1878 – 1960) |
Jean CHALEYÉ (he signed his name Joannès Chaleyé on some of his early works), was born in Saint-Etienne in spring 1878. In these surroundings, and especially in Saint-Just-sur-Loire, he received the childhood impressions that will influence him throughout his life.
In 1896 at the age of 18, Chaleyé left for Lyon after receiving a Scholarship from the city of Saint-Etienne. He arrived in Lyon, a city known for its silk industry, ready for adventures as if he were one of the famous three musketeers. Like a musketeer, he trims his beard to a point and wore his coat draped over his shoulders as if he were wearing a cape. Within a very short time he had won all the major awards, in the various departments of the school of Beaux-Arts in Lyon.
When Chaleyé arrived in Lyon in 1896, he found the city in a passionate debate over a new way of looking at and painting flowers. This revolution was the work of a group of painters, of whom the most original were Vernay and Seignemartin. Chaleyé was enthused by this “liberation” which was in full accordance with is temperament. Being curious and an enterprising person, Chaleyé started to treat flowers lighter and more ethereally.
Three years later, Chaleyé got admitted to the Ecole Nationale Supérieure des Arts Décoratifs in Paris. Being a brilliant student, Chaleyé was nominated student in charge by Louvrier de Lajolais, who was both Director of the school and his professor). He attended courses in the Atelier Cormon and met a number of artists, including Dunoyer de Segonzac and Derain. Subsequently, he painted lots of pictures in the Jardin du Luxembourg, a place that charmed him by the romantic atmosphere of the 1900s.
The atmosphere of the school along with its traditions, festivals and songs suited Chaleyé’s temperament.
In 1903, Louvrier de Lajolais offered Chaleyé to go to Le Puy-en-Velay to create new designs for lace. This traditional activity was declining, being impoverished by repetitive geometric patterns … His work there as a professor, was both revolutionary and successful; by introducing nature in the designs, he gave an impulse in the style; as early as 1904, his laces were exhibited at the Musée Galliéra in Paris. He won several prizes and gold medals at various international exhibitions (including Liège, Brussels, Turin, London etc.). Being a lonely person who was charmed by the wilderness of the surrounding nature, he also spent a significant amount time outdoors, painting landscapes in all seasons.
As he got married, 1912 was the start a new era in his style of painting. He painted full-time, more intimist scenes with his wife and children (he had three daughters).
The war interrupted his happiness in 1914. As he had a fairly fragile health, he was requisitioned in Lyon for controlling planes motors until World War I ended in 1918. Being back in Le Puy, he devoted his days to painting, thinking about the technical aspects of his art. He was Knight of the Légion d’Honneur in 1921.
In 1930, he was appointed Director of the “Ecole Nationale Supérieure des Arts et Industries Textiles de Roubaix”. Under his tenur, art courses became more important in the curriculum of the school. This was a flat country that he appreciated for its friendly atmosphere, but was missing landscapes and mountains. He painted a large number of pictures representing the inside of flowers, as he were in prison looking for light.
In 1937 he was made Officer of the Legion d’honneur. Two years later, he retired from the school of Roubaix. He was impatient to go back to Paris and find again the atmosphere of the Luxembourg garden. But World War II broke out and the little house he rented was destroyed by a German bomb. He came back to Le Puy, and settled down in a house in the old town near the cathedral. He painted restlessly, making sketches on every kind of subjects. The house still contains a large number of pictures, drawings, books on painting and Art.
Being still concerned by the lace industry he created an academy for hand-lace.
In summer, he used to go to Moularès, a small town in the south west of France (in the Tarn region), of which he appreciated the heat and landscapes, and he used to meet some friends and painters. He used to say: “I feel I am 20 years old when I am there…” ; his style is free, simplified, and full.
But in 1957, coming back from his beloved holidays, he began to feel the first symptoms of a disease. In 1958 he used his last forces to go to Paris to attend the first exhibition of his paintings. His hands then became silent for the first time.
He died in February 1960